Couleur du temps, françoise Chandernagor de l'Académie Goncourt

par Le blog de Gérard  -  13 Mai 2010, 10:33  -  #Littérature

Résumé du livre

Numériser0006Pourquoi Baptiste V***, ancien peintre désormais oublié, tient-il à présenter lors d'une grande exposition de peinture parisienne une oeuvre si démodée ? Le peintre a pourtant tout peint et connu tous les honneurs mais il est tombé dans l'oubli, déjà mort de son vivant. Son 'Portrait de l'artiste avec sa famille' est l'oeuvre de sa vie, celle qui lui tient le plus à coeur. Pourtant ce tableau paraît appartenir à une autre époque : tout y est figé par les années. Il préfère voir la vie à travers la peinture et observer les hommes dans ses tableaux. Cela fait quarante ans que Monsieur V*** a commencé cette peinture sans jamais cesser d'y retoucher. Cette oeuvre est celle de sa vie dont la couleur est celle du temps. Alors qui est vraiment ce Baptiste V*** ? Que veut-il démontrer ?

 

La revue de [presse]

Le Nouvel Observateur - Jérôme Garcin (Mai 2004)
Inutile de chercher ce 'Portrait de l'artiste avec sa famille' au Louvre. Il n'existe pas plus que Baptiste V***. On s'en étonne, si grand est l'art avec lequel Françoise Chandernagor nous donne à voir, jusque dans ses détails [... ], l'impossible tableau d'une vie brisée. [... ] C'est un conte noir sur cette utopie après laquelle courent tous les artistes : fixer le temps qui passe, et le rendre éternel.

Le Figaro - Pierre Assouline (Mai 2004)
ll y dans ce Baptiste V*** né en 1690 un peu de Nattier, un peu de Lemoyne, un peu d'autres encore et beaucoup de Chandernagor. Elle est décidément au plus haut de sa forme, lorsqu'elle [... ] nous transporte dans son siècle d'élection, fut-ce brièvement avec un texte allégé de toute matière grasse. [... ] On savoure son bonheur d'avoir pendant quelques heures changé de contemporains.

Elle - Sandrine Mariette (Juin 2004)
Françoise Chandernagor dilue avec panache sa connaissance des Lumières, restaure sans empâtements l'existence tragique de ce peintre à la palette gaie [... ]. La documentation est fouillée. Chandernagor joue sur deux tableaux : grand peintre ou petit maître ? Conte de fée ou suspense historique ? Quelle est l'identité de ce mystérieux V*** ? Un livre, comme son héros, lumineux et énigmatique.

 

Françoise Chandernagor aime les projets littéraires audacieux. Après avoir redonné vie à la superbe Mme de Maintenon, au roi Louis XIV et à la Cour de Versailles dans L'allée du roi, après avoir ressuscité le pauvre Louis XVII dans La chambre, Françoise Chandernagor nous livre le portrait intime d'un peintre du XVIIIe siècle.

Le roman historique est un art très difficile : le choix du vocabulaire, des expressions et des tournures de phrases est primordial pour donner de la crédibilité au récit. C'est donc un immense travail de recherches lexicales qui attend l'écrivain.

Une fois de plus, Françoise Chandernagor remporte haut la main le pari qu'elle s'était lancé. Au fil des pages, l'Ancien Régime, la vie de Cour, cette société de castes... tout ce vieux monde est ressuscité. On apprend à connaître des artistes aussi réputés et méconnus que Chardin, Largillierre, Greuze...

La grande qualité de ce roman est justement de démystifier la peinture du Grand Siècle, souvent considérée comme trop statique, trop formelle... La technique des peintres est très bien décrite dans le roman.

On a tendance à l'oublier de nos jours, mais un bon artiste se doit d'abord d'être un bon artisan : les ateliers des grands peintres produisaient leurs oeuvres presque en série. Si un type de composition ou un type de portrait plaisaient, à une époque où la photographie n'existait pas, tous les aristocrates et les grands bourgeois les commandaient aux ateliers de peintres. Dans les tableaux, les accessoires et les positions des personnages étaient toujours les mêmes. Dans les ateliers, il y avait dons des apprentis spécialistes pour les fleurs, des spécialistes pour les oiseaux, des spécialistes pour les lourdes étoffes précieuses... Pour les artistes, la peinture était un labeur quotidien souvent bien répétitif, et le personnage principal du roman évoque avec dégoût ses années d'apprentissage pendant lesquelles il a dû peindre sans cesse d'innombrables piétas peuplées de personnages au teint cireux...

Si les apprentis se chargeaient des tâches répétitives, chacun suivant sa spécialité, le maître pour sa part se réservait les parties nobles des portraits et apportait sa petite touche, son expertise technique pour certains détails délicats (transparence des tissus, couleur de la carnation, effets d'éclairage...).

L'intrigue de ce court roman est à la fois simple et belle : Françoise Chandernagor nous raconte l'histoire d'un tableau, et à travers lui, l'histoire d'une famille. Le peintre Baptiste V*** accède à la demande de son épouse et commence un grand portrait de sa famille. Le roman raconte l'histoire de ce tableau, cent fois remanié au rythme des naissances et des décès. Il s'agira de l'oeuvre maîtresse de l'artiste, qui aura mis non seulement tout son talent mais surtout toute sa passion pour la réalisation de ce grand portrait.

Françoise Chandernagor confirme une fois de plus ses grands talents de romancière historique. Avec elle, le passé devient concret, s'incarne, s'humanise. On peut cependant regretter que la romancière ne mette pas son talent au service de la littérature contemporaine, qu'elle ne raconte pas le monde d'aujourd'hui dans des oeuvres fortes que son style n'aurait aucun mal à servir. Couleur du temps reste cependant un excellent roman dont la poésie impressionnera durablement le lecteur.

 

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